Professeur Robert B A U D R Y
CERMEIL
SUR LA VALEUR ILLUMINATRICE DU GRAAL :
LES LUMIÈRES SACRÉES DU GRAAL
apparition et éblouissement
S'il est une vertu du Graal qui traverse les siècles, c'est bien son pouvoir d'illumination qui frappe les assistants dès sa prime apparition dans le Conte du Graal (1181-1185 ?) de Chrétien de Troyes. Chrétien renouvelle là un mythe plus ancien. Car il est des archétypes indo-européens du Graal, notamment dans les chaudrons magiques de résurrection, de révélation, de science, de jouvence, qui hantent diverses épopées celtiques d'Irlande et de Galles : l'Ivresse des Ulates, Branwen, fille de Llyr, l'Histoire de Taliesin, et ce récit parallèle au Perceval de Chrétien qui s'appelle Peredur. Et, chaque fois, si l'aspect rayonnant de ces chaudrons merveilleux reste plus virtuel, ceux-ci sont cependant régulièrement associés à la chaleur, au feu, à la flamme.
culte solaire
Un autre archétype moins connu du Graal évoque un rayonnement plus net dans la grande épopée hindoue du Mah_bh_rata (IVème s. avant - IVème s. après J.C.), où S_rya, le dieu du Soleil aux boucles d'oreilles éblouissantes, donne aux descendants de la fille d'un "roi des pêcheurs" un Vase inépuisable capable de reproduire la nourriture à chacun de leurs repas pendant leurs douze ans d'exil dans la forêt. - Archétype manifeste du Graal !
Ce présent d'un dieu du Soleil, offre une valeur évidente de mythe solaire qui percera encore après Chrétien de Troyes, dans la Deuxième Continuation, dans le Lancelot en prose, dans le Roman de l'Estoire dou Graal de Robert de Boron. Cette descente divine de S_rya équivaut à une sorte de "Pentecôte" ; - une "pierre d'attente" déjà, si l'on veut, un récit "parallèle".
Mais Chrétien de Troyes amorce la christianisation du vieux mythe païen en plaçant dans le Graal une hostie qui, depuis douze ans, soutient miraculeusement la vie du vieux Roi par la vertu de cette "hostie qui vient dans le Graal" (vv. 6343-6354). Ce qui veut dire, selon Jean Frappier, que le Graal même produit au fur et à mesure l'hostie miraculeuse.
Analogie frappante avec le mythe hindou !
culte christique
En plaçant cette hostie dans le graal, Chrétien inclinait le vieux mythe vers un sens "christique". Si toutefois ce passage de la visite de Perceval chez son oncle ermite n'est point interpolé. Certains l'ont cru. Intercalé, il l'est en tout cas, "bizarrement", au milieu de la quête de Gauvain. Et la présence d'une hostie dans le graal est bien étrangère, estime Jacques Ribard, à l'impression de corne d'abondance, de mythe de fécondité que laissait augurer la fameuse procession (Du Mythique au Mystique, Champion, 1995, p. 94).
Ou Chrétien l'a-t-il interpolé lui-même ? Peut-être, tandis qu'il élaborait son roman, a-t-il suivi la suggestion d'un lecteur monastique attaché à baptiser les vieux mythes ? Que d'autres oeuvres ont vécu d'analogues tiraillements ou retournements : la Flûte enchantée, la Tentation de Saint Antoine, Faust, Atala !
Quoi qu'il en soit, ses successeurs vont s'engouffrer dans cette voie. D'autant mieux que bien des éléments prédisposaient la légende à cette christianisation, sans donner grand mal aux ateliers cisterciens de récupération. De ciboire pour l'hostie, le graal glisse facilement à calice du Saint-Sang. La lance saignante qui l'accompagne sera aisément assimilée à la lance de Longin. Même l'épée, le troisième talisman à conquérir, le Perlesvaus l'identifie à celle que décolla Jean-Baptiste. Et tout le Cycle du Graal proliférera autour de ces trois Talismans sacrés.
Plus "christique" encore, à notre siècle, la Réponse du Seigneur (Grasset, 1933) d' Alphonse de Châteaubriant (1877-1951) qui, explicitement, propose une aventure parallèle à la quête du Graal (pp. 69-71, 299).
Dans un manoir désolé, l'équivalent de la Coupe sacrée est un papillon qui, par un miracle de mimétisme, se camoufle en dentelle, et celle-ci en calice de fleur. Un vieux châtelain initie le jeune héros attendu (55), égaré par hasard en ce domaine "gaste" et destiné à son héritage, que ce Papillon-Dentelle-Fleur symbolise jusqu'où peuvent atteindre nos facultés d'extase. Car nous aussi, si nous contemplons assidûment la Figure divine, nous aboutirons à l'imitation de Jésus-Christ, nous nous assimilerons à lui, et passerons ainsi de chevalerie terrienne en chevalerie célestielle (299) (cf. notre notice sur Alphonse de Châteaubriant, in The New Arthurian Encyclopedia, N.Y., Garland).
culte de l'esprit
Revenons-en à Chrétien. S'il avait ébauché la présence du Christ dans le Graal, si les fêtes de l'Ascension et de Pâque balisent le récit et lui confèrent une couleur christique, une autre fête, récurrente, amorçait l'évocation de l'Esprit-Saint.
Ainsi "ce fu a une Pantecoste" (éd. "Pléiade" v. 2787) que, vaincu par le Chevalier Vermeil (Perceval), Clamadeu des Iles, couvert de sang vermeil, vient se constituer prisonnier à la cour d'Arthur, un "Arthur, plongé dans l'accablement et enfermé dans sa cour comme dans une manière de Cénacle, (et qui) apprend soudain l'existence d'un chevalier sauveur", glose Jacques Ribard (op. cit., p. 260). C'est aussi après la Pentecôte que, déconnecté du monde qui l'entoure, Perceval va tout un jour contempler en extase une insolite neige d'été, jusqu'à ce que le soleil y boive les vermeilles gouttes de sang (v. 4204)1.
C'est à la Pentecôte encore qu'Arthur tient en Orcanie sa cour annuelle (v. 8888) ; et Guiromélant exige de Gauvain qu'un messager aille convoquer la cour pour assister à leur duel. Et Gauvain envoie un "vaslet" inviter cette assemblée à venir "le quint jor / De la feste" (vv. 9115-9116), au cinquième jour de cette fête du cinquantième jour après Pâques. Péripétie qui clôt Percevax le Viel.
Chrétien n'avait point attendu son Conte du Graal pour fixer à cette date rituelle le grand rassemblement des rois et barons de Bretagne. Ce rendez-vous traverse toute l'oeuvre de Chrétien. Dès Erec et Enide (1169-1170), c'est à la Pentecôte (v.1892) qu'Arthur solennise leurs noces, devant une riche cour de comtes et de rois. Dans Yvain ou le Chevalier au Lion (1181 ?), c'est à la Pentecôte (v. 6) 7 fois 7 jours après Pâques, que Calogrenant narre sa rencontre 7 ans plus tôt avec le géant hideux, gardian de taureaux sauvages, récit qui va lancer Yvain vers sa grande aventure.
Les médiévistes ont relevé ces récurrences. Mais pourquoi cette date de la Pentecôte ? Parce qu'en Grande-Bretagne ce début d'été favorise pareils déplacements ? Sans doute. Mais d'autres dates, comme le solstice, étaient possibles. Pourquoi celle-ci ? Chrétien ne faisait que suivre les indications de Geoffroy de Monmouth dans son Historia regum Britanniae (1138). (Je ne sais si je puis encore citer du latin dans une université catholique ?)
"Cum igitur solemnitas Pentecostes advenire inciperet, (...), Arturus affectavit curiam illico tenere, regnique diadema capiti suo imponere, reges etiam et duces sibi subditos ad ipsam festivitatem convocare... ." (S. 242)
Pourquoi pareille assemblée autour d'Arthur à chaque Pentecôte ? Il faut se reporter aux coutumes des sociétés "traditionnelles", où, à laps régulier, un chef doit faire confirmer son pouvoir par ceux qui l'ont élu. Or, c'était à la Pentecôte que l'assemblée des rois et barons de Grande-Bretagne avait reconnu Arthur comme roi :
"Et cum omnes convenissent, instante die quae praedestinita fuerat, imposuit Aurelius diadema capito suo, festumque Pentecostes regaliter celebravit, (...)." (S. 214) (cit. éd. HILKA, Der Perceval Roman, p.667, n. 2785)
Ce que répétera le Merlin picard de Robert de Boron :
"Et atendirent dusqu'a le Pentecoste, et s'asamblerent tot li baron a Logres (...) Et l'arcevesques ot aparellié le corone et le sacre a la velle de le Pentecoste". (10/18, "Bibl. médiévale" n° 1412, Le Roman du Graal selon le manuscrit de Modène, pp. 189-191).
Bref, la Pentecôte était jour rituel du rassemblement des vassaux d'Arthur, parce que c'était l'anniversaire de son couronnement, date à laquelle se renouvelait son pouvoir sur sa cour réunie. Et pourquoi, repoussée de fête en fête, de Noël à Pâques, puis encore de Pâques à la Pentecôte2, pourquoi cette date-là fut-elle enfin adoptée ? Parce que la descente de la couronne sur la tête d'Arthur devant ses barons rassemblés imitait la descente du Paraclet sur la tête des Apôtres réunis et faisait du Roi comme un "évêque du dehors".
Ce détour nous ramène à la valeur "spirituelle" de la Pentecôte. Liée à la fonction royale d'Arthur, c'est à l'aventure particulière du Graal qu'il s'agissait d'associer aussi la Pentecôte. Ce sera l'oeuvre de la Queste del Saint Graal (circ. 1225 du pseudo-Gautier Map). La scène qui ouvre le roman (cf. J. Ribard), décalque manifestement l'avènement de la Pentecôte parmi les disciples (Actes des Apôtres, II, 1-4) en associant à la Pentecôte Galaad, le héros du Graal. Et l'illumination reste liée à cette péripétie.
Reste à associer plus étroitement cette venue du Paraclet à la vertu même du Graal. Wolfram von Eschenbach l'avait réalisé dans le domaine germanique quand son Parzivâl (circ. 1205) avait introduit une colombe. La colombe n'incarne-t-elle pas l'Esprit-Saint depuis qu'il avait plané sur le baptême du Christ, signe qu'il était l'Elu de Dieu (Evangiles de Matthieu, III, 16, de Marc, I, 9-13, de Luc, III, 21-22 & IV, 1-2, de Jean, I, 31‑34) ? En effet que voit-on dans ce Parzivâl ?
Ce jeune prince angevin, son oncle ermite Trévrizent l'informe que, chaque vendredi saint, une colombe, descendue du ciel dépose sur la pierre du Graal une petite hostie rayonnante, qui lui donne sa suprême vertu (t. II, L. IX, p. 37).
Aussi la colombe qui, depuis Titurel roi du Graal, ornait les écus de ses guerriers, orne aussi la selle des chevaux des "templiesen" qui gardent le domaine du Graal. Et c'est à ce signe, brillant sur ses vêtements, qu'est reconnue Cundrie quand elle amène au château du Graal le héros désiré (L. IX, p.40 & L. XVI, pp. 311 & 317).
Et cette hostie rayonnante de blancheur déposée sur la pierre du Graal, cette pierre gardée par des Anges exilés sur la terre pour être restés neutres dans le conflit entre la Trinité et Lucifer "Porte-Lumière" (t. II, L. IX, p. 38), ce signe de la colombe qui brille sur la tunique de Cundrie, tout ce rayonnement se répercute sur Repanse de Schoye, la porteuse du Graal, dont "le visage rayonne d'un tel éclat que tous croient voir se lever le jour" .- Persistance, au sein de sa christianisation, de la mythologie solaire du Graal ! (trad. E. Tonnelat, Aubier-Montaigne, 1977, t. I, L. V, pp. 205-206).
Dans Le Morte Darthur de Th. Malory, Lancelot arrive à Cornebic chez le roi Pellès. Au cours du repas, apparaît une colombe tenant en son bec un encensoir d'or qui exhale une extraordinaire senteur. Aussitôt la table se couvre de tous les mets et boissons imaginables. Alors entre une belle Demoiselle portant un vase d'or devant lequel tous s'agenouillent. C'est le Saint Graal, dit Pellès à Lancelot (op. cit., Livre XI, I-II, pp.742-44).
Wagner, dans son Parsifal (1882) revêt les gardiens du Graal d'un costume de templiers, mais une colombe aux ailes étendues y remplace la croix rouge sur les armoiries et les manteaux (pp. 58-59), colombe qu'il intègre cette fois à la cérémonie même du Graal :
D'un écrin d'or, des enfants tirent le calice de cristal du Graal, qu'un rayon éblouissant descendu de la coupole enflamme d'un reflet rougeâtre. Anfortas lève le Graal et le présente à tous les points de la salle vers les assistants agenouillés, les yeux levés vers le calice (acte I, pp. 105-111).
Spectacle analogue quand Parsifal à son tour tire le Graal de son écrin : la rougeur du sang s'allume dans le calice. Une auréole de lumière nimbe l'assemblée. Parsifal élève le Graal sur les assistants en extase, tandis que sur sa tête plane une colombe descendue de la coupole (acte III, p. 195, Aubier-Flamarion, 1964).
Si cet "office sacré", ce calice élevé sur l'assemblée par un nouveau Messie évoque la passion du Fils, la Colombe descendue du Ciel, le consacre par le sceau de l'Esprit. Et un même rayonnement enflamme le calice, descend de la coupole et auréole l'assemblée. Très "pentecôtiste"...
Le Parzivâl de Wolfram évoquait un autre oiseau merveilleux : le cygne. Selon cette légende, l'un des fils jumeaux de Parzivâl, Loherangrin, est amené dans une nacelle tirée par un cygne pour défendre la duchesse de Brabant injustement soupçonnée. Il l'épouse. Et, quand il la quitte parce qu'elle a bravé l'interdit sur son nom, le cygne revient avec sa nacelle pour le ramener à Munsalvaesche (op. cit., L.XVI, pp. 339-340). Wagner renouvelle la légende dans son Lohengrin (1848), mais modifie la donnée de Wolfram. Quand le cygne revient, il est révélé que cet oiseau est le frère aîné de la duchesse, métamorphosé par sortilège. Le cygne alors disparaît. La blanche colombe du Graal3 vient planer sur la nacelle, en saisit la chaîne et emmène pour toujours le héros (Stock, 1925, pp. 57-59).
Cette légende du chevalier au cygne a suscité une autre métamorphose du Graal sous la plume de Jules Laforgue (1860-1887). Epris de Wagner, il inclut un "Lohengrin fils de Parsifal" (1886) dans ses Moralités légendaires (F° n°855, pp. 87-113). Ici c'est son oreiller qui se métamorphose en cygne et l'emporte vers le Saint-Graal (devenu une planète ?) au-delà du cap du Soleil. C'est la fête de l'Assomption... - Cette fois, en situant la résidence du Graal au-delà du Soleil, on transcende le mythe solaire originel. La fantaisie de Laforgue "massacrilège" un peu la légende...
Autre féru de Wagner, Joséphin Péladan énoncera dans ses Constitutions de la Rose-Croix (1893) : "la sainte colombe peut descendre sur le Graal qui déjà rougeoie". Et voilà la colombe sanctifiée !...
Quant aux cygnes, ils réapparaissent encore plus tard dans Il Cavaliere inesistente (1959) d'Italo Calvino. Un nouveau héros, Torrismond de Cornouailles, qui cherche les gardiens du Graal, les atteint par un ruisseau peuplé de cygnes ; et il les identifie à leur casque d'or cimé de cygnes. Bref, Calvino confond un peu Lohengrin et Parsifal. - Se souvenait-il de la coloration religieuse de cet oiseau ? Ou n'y voyait-il qu'un accessoire zoologique de la quête ? Torrismond apprend aussi que, dans leur extase, ces chevaliers du Graal iraient jusqu'à se fondre dans le Soleil.
culte cathare
La colombe apparaît aussi comme signe à une époque voisine de celle de Wolfram : celle du catharisme. Ainsi se découpe-t-elle dans la pierre du monument érigé à La Minerve (Aude) en mémoire des Cathares qui y furent "cramés". - Pourquoi ?
"On croit, dit Fernand Niel (Albigeois et Cathares) que les Cathares voyaient dans le consolamentum (sorte de sacrement administré aux Parfaits et aux mourants) une communion. Il équivalait à recevoir le Saint-Esprit souvent identifié avec le Christ" (P.U.F., 1955, "Que-sais-je" ? n° 689, p. 56).
"Cette cérémonie, dit René Nelli, apportait la "consolation" du Paraclet suivant la tradition apostolique" (Les Cathares, éd. "Marabout" n° MU 326, 1972, p. 146). Et l'imposition des mains transmettait le Saint-Esprit (op. cit., p. 92).
Est-ce ainsi que la colombe entra dans la symbolique cathare ? Peut-on la rapprocher de celle de Wolfram ? Peut-être. Car le catharisme est une religion dualiste. Et selon des érudits, certaines conceptions de Wolfram remonteraient à un original iranien, donc dualiste, manichéen.
Peut-être y eut-il quelque influence du mystique calabrais Joachim de Fiore (1145-1202), qui, après le règne de Père, âge de la loi et de la crainte (Ancien Testament) et celui du Fils (Nouveau Testament) prophétisait l'avènement du règne, purificateur, de l'Esprit, dont l'Evangile éternel, transcendant les Ecritures, apporterait une compréhension spirituelle directe et une vision manifeste de Dieu. Cet espoir fascina l'Europe. Mais cet abbé cistercien, ce moine austère, "âme sainte et mystique", mort en odeur de sainteté, sera condamné post mortem en 1215 par le canon 2 du quatrième concile de Latran...
Certains érudits croiront que la légende du Graal reflète ces thèses joachimites ou cathares. Francesco Zambon estime que le Joseph de Robert de Boron4 et autres romans "graaliens", n'expriment pas formellement des thèses joachimites ou cathares, mais en donnent un équivalent romanesque qui crée de nouveaux apocryphes pour compléter la Bible par les "secrets du Graal" ("Graal et hérésie : le cas de Joseph de Robert de Boron", in : Actes du 14ème Congrès internationnal arthurien, Rennes, 1985, t. II, pp. 687-702).
Un érudit récent, Michel Roquebert, estime, au contraire, que le cycle du Graal aurait été une machine de guerre des ateliers cisterciens contre le catharisme pour rééquilibrer la Trinité par une revanche du Fils contre l'impérialisme de l'Esprit. Thèse un peu trop systématique (les Cathares et le Graal, Privat, 1994, 222 pp.).
Colombe de l'Esprit ? ou Colombe cathare ? ou simple volatile ? la colombe du Graal hante désormais bien des quêtes contemporaines.
Otto Rahn (1904-1939 ?) publia en 1933 sa thèse selon laquelle la guerre des Albigeois aurait été une "Croisade contre le Graal" entré dans le trésor des cathares et abrité à Montségur, -qu'il identifiait avec le Montsalvat de Wagner. Il y rapporte un curieux récit que lui aurait narré un berger rencontré sur le pic de Soularac, récit qui conjugue et le Graal, et Lucifer, et la colombe, et la flamme du bûcher de l'Inquisition :
"Au temps où les murs de Montségur restaient debout, les cathares y conservaient le saint Graal. Montségur était en danger, les armées de Lucifer [c.a.d. l'armée papale !...] l'assiégeaient. Elles voulaient avoir le Graal, pour le réinsérer dans le diadème de leur prince, d'où il était tombé sur terre, lors de la chute des anges. Alors, une colombe blanche arriva du ciel et fendit de son bec le Thabor. Esclarmonde, la gardienne du Graal, jeta le joyau sacré dans la montagne qui se referma. Ainsi fut sauvé le Graal." (cit. in : Francesco Zambon, le Catharisme ou les mythes du Graal, Séminaire de Rennes-les-Bains, 1994, p. 19).
Otto Rahn aurait lu des cahiers que lui aurait confiés Antonin Gadal, "le Maître d'Ussat". Ces cahiers ne seront édités qu'en 1983, à Harlem, sous le titre Sur le Chemin du Saint-Graal, par une société de revendication rosicrucienne : Rozekruis Pers. Gadal décrivait ainsi l'apparition du Graal :
"Matheus vit soudain une lumière plus vive que celle du soleil sortir des mains du Chef ; un rayon énorme tomber sur ses yeux... Il ne voyait plus qu'une salle complètement noyée par un éclat qui lui enlevait la vue même du sol. Il lui semblait être transporté dans le soleil même. Une auréole immense et vive semblait entourer le chef qui lui présentait le saint Objet pris dans le tabernacle. Il ne peut que s'écrier :’'Oh, la Coupe ! le calice d'or ! le Saint-Graal !' (cit. Fr. Zambon, op. cit., p. 16)
Comme chez Chrétien de Troyes, persiste la lumière de ce calice d'or, lumière plus éblouissante que celle du soleil. Celui qui le présente Accueil | changements | pages | tags
