Pierre Besses
Université Toulouse Mirail
Institut de Formation et de Recherche
en intervention sociale
Cercle de recherches anthropologiques sur l'imaginaire
Les rencontres arthuriennes de Brissac
colloque
"Héros Arthuriens, héros romantiques"
8-9 Avril 2005.
J. R. R. Tolkien, Le Seigneur des Anneaux.
Le thème du double : citations, le premier visage du personnage pluriel. Gandalf, le modèle mythique et fantastique avant l'archétype historique du Conseiller des Rois celtes.
Les trois visages de Gandalf, héros arthurien, héros romantique, héros shakespearien.
1 -"A la première audition du récit de Bilbon, Gandalf ne lui accorda toutefois pas créance, et il continua à montrer une grande curiosité au sujet de l'anneau. Par la suite, il tira de Bilbon l'histoire véritable, après beaucoup de questions qui gâtèrent un temps leur amitié ; mais le Magicien semblait attacher de l'importance à la vérité. Et, bien qu'il ne le dît pas à Bilbon, il jugea aussi importante et fâcheuse la découverte que le bon Hobbit n'avait pas d'emblée dit la vérité : c'était tout à fait contraire à son habitude. L'idée d'un "cadeau" n'était pas toutefois une simple invention de Hobbit. Elle lui avait été suggérée, selon son aveu, par les paroles de Gollum qu'il avait surprises ; car celui-ci avait en fait appelé plusieurs fois l'anneau "cadeau d'anniversaire". Cela aussi, Gandalf le trouva étrange et suspect ; mais il ne découvrit la vérité sur ce point que bien plus tard, comme on le verra dans ce livre." (p.25.)
2 -"A la porte de devant de Bilbon, le vieillard commença à le décharger : il y avait de grands paquets de pièces d'artifice de toutes sortes et de toutes formes, dont chacun était marqué d'un grand G., rouge et de la rune elfique.
C'était la marque de Gandalf, naturellement, et le vieillard était Gandalf le Magicien, dont la renommée dans la Comté se fondait en premier lieu sur son habileté au maniement des feux, fumées et lumières. Son affaire principale était bien plus difficile et dangereuse, mais les gens de la Comté n'en connaissaient rien. Pour eux, il n'était qu'une des "attractions" de la Réception. De là l'excitation des petits Hobbits. "G comme Grand", criaient-ils, et le vieillard sourit. Ils le connaissaient de vue, bien qu'il ne parût qu'occasionnellement à Hobbitebourg et qu'il ne s'y arrêtât jamais longtemps ; mais ni eux ni aucun des plus vieux de leurs aînés n'avaient vu un de ses spectacles de feux d'artifice, qui appartenaient à un passé légendaire". (p. 38)
3 -"Je suis vieux, Gandalf. Je ne le parais pas, mais je commence à le sentir au plus profond de mon être. Bien conservé ! grogna-t-il. Mais je me sens tout maigre, détiré en quelque sorte, si vous voyez ce que je veux dire : comme du beurre qu'on a gratté sur une trop grande tartine. Ça ne paraît pas normal. J'ai besoin d'un changement, de quelque chose, quoi.
Gandalf le scruta avec curiosité :
- Non, ça ne paraît pas normal, dit-il pensivement. Non, je pense après tout que votre plan est probablement le meilleur.
- Eh bien, je suis décidé, en tous cas. Je veux revoir des montagnes, Gandalf - des montagnes, et puis trouver un endroit où je puisse me reposer. En paix et dans la tranquillité, sans un tas de parents qui fourrent leur nez partout et une procession de maudits visiteurs suspendus à ma sonnette. Peut-être trouverai-je un endroit où je pourrai finir mon livre. J'ai pensé à une bonne conclusion : et il vécut ainsi heureux jusqu'à la fin de ses jours." (p.46).
4 -"- Non, mais il me fallait vous tarabuster, dit Gandalf. Je voulais connaître la vérité. C'était important. Les anneaux magiques sont…eh bien magiques ; et ils sont rares et curieux. J'avais un intérêt professionnel pour votre anneau, pourrait-on dire ; et je l'ai toujours. J'aimerais savoir où il est, si vous allez de nouveau vagabonder. Je trouve aussi que vous l'avez eu tout à fait assez longtemps. Vous n'en aurez plus besoin, si je ne me trompe du tout au tout. " (p.48)
5 -"-Savoir ? dit Gandalf. J'ai su beaucoup de choses que seuls connaissaient les Sages, Frodon. Mais si vous entendez la connaissance au sujet de cet anneau particulier, eh bien, je ne sais toujours pas, pourrait-on dire. Il y a une dernière épreuve à tenter. Mais je ne doute plus de mes hypothèses." (p.64)
6 -"-Je ne puis lire les lettres de feu, dit Frodon d'une voix mal assurée.
-Non, dit Gandalf, mais moi je le peux. Les lettres sont de l'elfique, d'un monde antique, mais la langue est celle de Mordor, que je ne veux pas prononcer ici. Voici Toutefois en langue commune ce que cela dit, asse littéralement :
Un Anneau pour les gouverner tous. Un Anneau pour les trouver.
Un Anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier.
"Ce ne sont que deux vers d'un poème depuis longtemps connu dans la tradition elfique :
Trois Anneaux pour les Rois Elfes sous le Ciel,
Sept pour les Seigneurs Nains dans leurs demeures de pierre,
Neuf pour les Hommes Mortels destinés au trépas,
Un pour le Seigneur des Ténèbres sur son sombre trône,
Dans le pays de Mordor où s'entendent les Ombres.
Un Anneau pour les gouverner tous. Un Anneau pour les trouver,
Un Anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier
Au pays de Mordor où s'entendent les Ombres." (p.66)
7 -"-Moi aussi, dit Gandalf, comme tout ceux qui vivent pour voir de tels temps. Mais la décision ne leur appartient pas. Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est donné. Et déjà, Frodon, notre temps commence à paraître noir. L'Ennemi devient rapidement très puissant. Ses plans sont loin d'être mûrs, je pense, mais ils mûrissent. Nous serons à rude épreuve. Nous devrions être à très rude épreuve, même sans cette terrible occurrence.
L'Ennemi manque encore d'une chose qui lui donnerait la force et la connaissance nécessaires pour abattre toute résistance, briser les dernières défenses et recouvrir toutes les terres de secondes ténèbres. Il lui manque l'Anneau Unique." (p.68)
8 -"-Vous saurez bientôt tout de ce que vous voulez savoir, dit Gandalf. Nous allons tenir un Conseil aussitôt que vous serez assez bien. Pour le moment, je vous dirai seulement que j'ai été retenu prisonnier.
- Vous ? s'écria Frodon.
- Oui, moi, Gandalf le Gris,dit le magicien, d'un ton solennel. Il y a bien des pouvoirs dans le monde, pour le bien comme pour le mal. Certains sont plus grands que je ne le suis. Comme d'autres, je ne me suis encore jamais mesuré. Mais mon temps approche. Le Seigneur de Morgul et ses Cavaliers Noirs se sont avancés. La guerre se prépare !
-Ainsi vous étiez au courant des Cavaliers - avant que je ne les aies rencontrés !
- Oui. En fait, je vous en ai parlé ; car les Cavaliers Noirs sont les Esprits Servants de l'Anneau, les Neuf Serviteurs du Seigneur des Anneaux. Mais j'ignorais qu'ils avaient de nouveau surgi, sans quoi j'aurais aussitôt fui avec vous. Je n'en ai eu des nouvelles qu'après vous avoir quitté en juin ; mais cette histoire-là doit attendre. Pour le moment, nous avons été sauvés du désastre, par Aragorn. " (p.246)
9 -"Je l'ai fait, et voici ce que j'ai lu :
Ash nazg durbatulûk, ash nazg gimbatul, ash nazg thrakatulûk agh bruzum-ishi krimpatul.
Le changement dans la voix du magicien était saisissant. Elle s'était soudain faite menaçante, puissante, dure comme la pierre. Une ombre sembla passer sur le soleil à son zénith, et l'obscurité envahit un moment le porche. Tous tremblèrent, et les Elfes se bouchèrent les oreilles.
-Jamais auparavant aucune voix n'a osé prononcer des mots de cette langue à Imladris, Gandalf le Gris, dit Elrond, comme l'ombre passait et que l'assistance reprenait son souffle.
-Et espérons que nul ne les prononcera ici de nouveau, répondit Gandalf. je ne demande toutefois pas votre pardon, Maître Elrond. Car, si cette langue ne doit pas être bientôt entendue dans tous les coins de l'Ouest, que personne ne doute plus que cet objet est bien ce que les Sages ont déclaré : le trésor de l'Ennemi, chargé de toute sa malice ; et en lui réside une grande part de sa force de jadis. Des Années Noires viennent les mots qu'entendirent les Forgerons d'Eregion, quand ils apprirent qu'ils avaient été trahis :
Un Anneau Unique pour les gouverner tous, un Anneau Unique pour les trouver, un Anneau Unique pour les amener tous et tous les lier dans les Ténèbres. " (p.282)
10 -"-Hélas ! dit Celeborn. il y a longtemps que nous craignions qu'une terreur dormit sous le Caradhras. Mais si j'avais su que les Nains avaient ranimé ce mal dans la Moria, je vous aurais interdit le passage des frontières nord, à vous et à tous ceux qui vous accompagnaient. Et s'il était possible, on dirait qu'à la fin Gandalf était tombé de la sagesse dans la folie, en se rendant sans nécessité dans la nasse de la Moria.
- Celui qui dirait pareille choses serait certes inconsidéré, dit gravement Galadriel. Aucun des actes de Gandalf ne fut jamais inutile. Ceux qui ne l'ont pas suivi ne connaissaient pas sa pensée, et ils ne peuvent rendre compte de son dessein entier. Mais, quoi qu'il en soit du guide, il n'y a rien à reprocher aux suivants. Ne regrettez pas d'avoir fait bon accueil au Nain. Si les nôtres avaient été longtemps exilés loin de Lothlorien, lequel des Galadhrim, et même Celeborn le Sage, passerait auprès sans souhaiter contempler leur ancienne patrie, fût-elle devenue le séjour de dragons ? " (p.389)
11 -"Mithrandir, Mithrandir, chantaient les Elfes, O Gris Pèlerin car c'est ainsi qu'ils se plaisaient à le nommer. Mais si Legolas se trouvait avec les compagnons, il ne voulait pas leur interpréter les chants, sous prétexte qu'il n'en avait pas le talent et que pour lui le chagrin était encore trop proche, que c'était un sujet de larmes et non de chansons.
…
Quand le soir dans la Comté était gris,
Ses pas sur la colline résonnèrent ;
Avec l'aurore il s'en alla
Pour un long voyage sans dire mot.
De la Terre Sauvage à la rive occidentale,
Par antres de dragons et porte cachée,
Du désert nordique à la colline méridionale
Et par les sombres bois, il erra à son gré.
Par antres de dragons et porte cachée,
Avec le Nain et le Hobbit, les Elfes et les Hommes,
Avec les mortels et les immortels,
Avec l'oiseau sur la branche et la bête dans sa tanière,
En leur propre langue secrète il parla.
Une mortelle épée, une main guérisseuse,
Un dos courbé sous son fardeau ;
Une voix de trompette, un brandon ardent,
Un pèlerin las sur la route.
Seigneur de sagesse sur son trône il siégeait,
Vif à la colère, rapide au rire ;
Vieillard au chapeau bossué
Qui s'appuyait sur un bâton épineux.
Il se tenait seul sur le pont
Défiant le Feu et l'Ombre ensemble ;
Son bâton sur la pierre fut brisé,
A Khazad-Dûm périt sa sagesse. " (p.394-395)
12 - "Gandalf releva enfin la tête :
-Ce semble être un registre des fortunes des gens de Balïn, dit-il. Je pense qu'il commençait avec leur venue à la Vallée des Rigoles Sombres, il y a près de trente ans : les pages portent des chiffres qui paraissent se rapporter aux années qui suivirent leur arrivée. Celle du dessus est marquée un-trois : ainsi, il en manque au moins deux depuis le début. Ecoutez ceci :
"Nous avons chassé des Orques de la grande porte et de la salle - je crois ; le mot suivant est maculé et brûlé, c'est sans doute de garde - nous en avons tué un grand nombre au brillant - je crois - soleil du vallon. Floï a été tué d'une flèche. Il avait occis le grand. Puis il y a une tache, suivie de Floï sous l'herbe près du Lac de Miroir. Je ne puis lire les deux ou trois lignes suivantes. Puis vient : Nous avons pris la vingt et unième salle du Nord pour nous y installer. Il y a - je ne peux pas lire quoi. Il est question d'un puits. Et après, Balïn a établi son siège dans la Salle de Mazarboul." (p.353)
13 -"-Un Balrog, murmura Gandalf. Je comprends, maintenant.
Chancelant, il s'appuya lourdement sur son bâton :
-Quelle mauvaise fortune ! Et je suis déjà fatigué.
La sombre forme, ruisselante de feu, se précipita vers eux. Les orques hurlèrent en se déversant par les passerelles de pierre. Boromir éleva alors son cor et sonna. Le défi retentit, puissant, et rugit comme le cri de nombreuses gorges sous la voûte caverneuse. Pendant un moment, les orques hésitèrent, et l'ombre ardente s'arrêta. Puis les échos moururent aussi soudainement qu'une flamme soufflée par un sombre vent, et l'ennemi s'avança de nouveau.
-Par le Pont ! cria Gandalf, rassemblant ses forces. Fuyez ! C'est là un ennemi qui dépasse vos pouvoirs à tous. Il me faut tenir la voie étroite. Fuyez ! " (p.362)
14 -"Le Balrog atteignit le pont. Gandalf se tenait au milieu de la travée, appuyé sur le bâton qu'il tenait de la main gauche, tandis que dans l'autre Glamdring luisait, froide et blanche. Son ennemi s'arrêta de nouveau face à lui, et l'ombre qui l'entourait s'étendait comme deux vastes ailes. Il leva le fouet, et les lanières gémirent et claquèrent. Le feu sortait de ses narines. Mais Gandalf demeura ferme.
-Vous ne pouvez passer, dit-il.
Les orques restèrent immobiles, et un silence de mort tomba.
-Je suis un serviteur du Feu Secret, qui détient la flamme d'Anor. Vous ne pouvez passer. Le feu sombre ne vous servira de rien, flamme d'Udün. Retournez à l'Ombre ! Vous ne pouvez passer. " (Ibid)
15 -"A ce moment, Gandalf leva son bâton et, criant d'une voix forte, il frappa le pont devant lui. Le bâton se brisa en deux et tomba de sa main. Un aveuglant rideau de flamme blanche jaillit. Le pont craqua. Il se rompit juste au pied du Balrog, et la pierre sur laquelle il se tenait s'écroula dans le gouffre, tandis que le reste demeurait en équilibre, frémissant comme une langue de rocher projetée dans le vide.
Le Balrog tomba en avant avec un cri terrible ; son ombre plongea et disparut. Mais dans sa chute même, il fit tournoyer son fouet, et les lanières fouaillèrent le magicien et s'enroulèrent autour de ses genoux, l'entraînant vers le bord. Il chancela, tomba, et malgré un vain effort pour s'accrocher à la pierre, il glissa dans le gouffre.
-Fuyez, fous que vous êtes ! cria-t-il, disparaissant.
Le feu s'éteignit, et les pures ténèbres retombèrent. La Compagnie restait figée d'horreur, le regard fixé dans la fosse. Au moment même où Aragorn et Boromir revenaient avec précipitation, le reste du pont craqua et tomba. Aragorn arracha les autres à leur stupeur en criant :
-Venez ! Je vais vous conduire, à présent ! Nous devons obéir à son dernier commandement. Suivez-moi! " (p.363)
16 -"Pippin resta de nouveau silencieux un moment. Il entendit Gandalf chanter doucement pour lui-même, murmurant de brefs fragments de poésie en diverses langues, tandis que les milles défilaient sous leurs pieds. Enfin, le magicien passa à une chanson dont le hobbit saisit les paroles : quelques vers parvinrent, clairs, à ses oreilles dans la ruée du vent :
"De grands vaisseaux et de grands rois
Trois fois trois,
Qu'ont-ils apporté de la terre effondrée,
Sur le flot de la mer ?
Sept étoiles et sept pierres
Et un arbre blanc."
-Que dites-vous, Gandalf ? demanda Pippin.
-Je récapitulais seulement quelques chansons de la Tradition, répondit le magicien. Les Hobbits ont dû les oublier, je suppose, même le peu qu'ils ont connu. " (p.642)
17 -"-Mais je m'écarte du sujet. Nous autres, de la maison de Denethor, nous avons par tradition une grande connaissance de l'ancien savoir, et nous avons en outre conservé bien des choses dans nos trésors ; livres et tablettes écrits en caractères divers sur des parchemins desséchés, oui, et sur la pierre ou sur des feuilles d'argent et d'or. Il en est que plus personne ne peut lire ; quant aux autres, peu de gens en révèlent jamais le sens. Je peux y lire un peu, car j'ai reçu de l'instruction. Ce sont des archives que nous apporta le Pèlerin Gris. Je le vis pour la première fois quand j'étais enfant, et il est revenu à deux ou trois reprises depuis lors.
-Le Pèlerin Gris ? dit Frodon. Avait-il un nom ?
-On l'appelait Mithrandir selon la manière elfique, dit Faramir, et il s'en contentait. Mes noms sont nombreux dans de nombreux pays, disait-il. Mithrandir chez les Elfes, Tharkûn pour les Nains ; j'étais Olorin dans ma jeunesse dans l'Ouest, qui est oubliée, Incanus dans le Sud, dans le Nord Gandalf ; dans l'Est, je n'y vais pas.
-Gandalf ! dit Frodon. Je pensais bien que c'était lui. Gandalf le Gris, le plus cher de nos conseillers. Le guide de notre Compagnie, nous l'avons perdu dans la Moria.
-Mithrandir perdu ! s'écria Faramir. Il me semble qu'un sort funeste se soit acharné sur votre communauté. Il est dur, certes, de penser qu'un homme d'une si grande sagesse, et de tant de capacités - car il a fait maintes choses merveilleuses parmi nous - pût périr, et que tant de savoir fût enlevé au monde. En êtes-vous sûr ? Ne vous aurait-il pas simplement quittés pour aller où il l'entendait ? " (p.719)
18 -"On dit que le Noir Parler fut élaboré par Sauron durant les Temples Obscurs et qu'il avait projet d'en faire la langue de tous ceux qui le serviraient, mais en cela il avait échoué. Toutefois quantité de mots provenant de ce Noir Parler étaient d'usage courant parmi les Orques au Troisième Age ; par exemple ghâsh, pour "feu" ; mais après la première défaite de Sauron, cette langue sombra dans l'oubli, sauf parmi les Nazgûl. Lorsque Sauron se releva, elle redevint à nouveau la langue de Barad-dûr et des capitaines du Mordor. l'inscription sur l'Anneau était en Noir Parler, alors que les jurons et malédictions de l'orque Mordor, dans Livre III, p.483, appartiennent à l'idiome avili, utilisé par les soldats de la Sombre Tour, dont Grishnâck était le capitaine. En cette langue, sharkû veut dire "vieillard". " (p.1226)
19 -"-Regardez ! Du feu, un feu rouge ! Y a-t-il des dragons dans ce pays ? Regardez, en voilà un autre!
En réponse, Gandalf cria d'une voix forte à son cheval : "En avant, Gripoil ! Nous devons nous hâter. Le temps est court. Vois ! Les feux d'alarme de Gondor sont allumés, appelant à l'aide. La guerre a commencé. regarde, voilà le feu sur l'Amon Dîn, et la flamme sur l'Eilenach ; et là, ils gagnent rapidement l'ouest : le Nardol, l'Erelas, le Min-Rimmon, le Calenhad et l'Halifirien aux frontières de Rohan."
Mais Gripoil ralentit son allure et se mit au pas ; puis il leva la tête et hennit. et des ténèbres vint en réponse le hennissement d'autres chevaux ; on entendit bientôt le son mat de sabots, et trois cavaliers passèrent comme des spectres volants dans la lune pour s'évanouir dans l'ouest. Gripoil se ramassa alors et s'élança, et la nuit coula sur lui comme un vent mugissant. " (p.802)
20 -"Gandalf et Peregrïn arrivèrent ainsi, au lever du soleil, à la Grande Porte des Hommes de Gondor, et ses battants de fer s'ouvrirent devant eux.
"Mithrandir ! Mithrandir ! crièrent les hommes. Nous savons à présent que la tempête est assurément proche !".
-Elle est sur vous, répondit Gandalf. J'ai volé sur ses ailes. Laissez-moi passer ! Je dois voir votre Seigneur Denethor pendant que dure encore son intendance. Quoi qu'il advienne, vous êtes parvenus à la fin du Gondor que vous avez connu. Laissez-moi passer !" ( p.805)
21 -"A leur arrivée aux portes, Cirdan le Charpentier de navires s'avança pour les accueillir. Il était très grand, il avait une barbe très longue, et il était gris et âgé, sauf que ses yeux étaient vifs comme des étoiles. Il les regarda, s'inclina et dit : "Tout est maintenant prêt."
Il les conduisit alors aux Havres. un grand navire blanc y était mouillé, et sur le quai, à côté d'un grand cheval gris, un personnage tout de blanc vêtu les attendait. Comme il se retournait et venait vers eux, Frodon vit que Gandalf portait à présent ouvertement le Troisième Anneau, Narya le Grand, et la pierre qui y était enchâssée était d'un rouge de feu. Alors ceux qui devaient partir furent heureux, car ils surent que Gandalf s'embarquerait avec eux.
Mais Sam eut le cœur serré, et il lui sembla que si la séparation devait être amère, le long retour solitaire n'en serait que plus pénible. Mais, tandis qu'ils se tenaient là, que les Elfes montaient à bord et que tous les préparatifs étaient faits pour le départ, Merry et Pippin arrivèrent en grande hâte. Et Pippin riait au milieu de ses larmes.
-Tu avais déjà essayé de nous semer une fois et tu avais raté ton coup, Frodon, dit-il. Tu as failli réussir cette fois-ci, mais tu as encore échoué. Ce n'est pas Sam toutefois qui t'a donné, mais Gandalf lui-même.
-Oui, dit Gandalf ; car il sera mieux de faire le retour à trois qu'à un seul. Eh bien, ici enfin, sur les rives de la Mer, s'achève notre communauté en Terre du Milieu. Allez en pais ! Je ne dirai pas : ne pleurez pas, car toutes les larmes ne sont pas un mal.
Frodon embrassa alors Merry et Pippin, et en dernier Sam, puis il monta à bord ; les voiles furent hissées, le vent souffla, et, lentement, le navire s'en fut en glissant dans le long estuaire gris ; et la lumière du verre de Galadriel que Frodon portait vacilla et disparut. Et le navire sortit en Haute Mer et passa vers l'Ouest, jusqu'à ce qu'enfin, par une nuit pluvieuse, Frodon sentît dans l'air une douce fragrance et entendît flotter sur l'eau un son de chants. Il lui sembla alors que, comme dans le rêve qu'il avait eu dans la maison de Bombadil ? le rideau gris de la pluie se muait en verre argenté qui se repliait ; et il vit des rivages blancs et, au-delà, un lointain pays verdoyant.
Mais, pour Sam, la pénombre du soir devenait ténèbres, tandis qu'il se tenait debout au Havre ; et comme il regardait la mer grise, il ne vit plus qu'une ombre sur les eaux, et elle se perdit bientôt à l'Ouest. il resta là bien avant dans la nuit, n'entendant plus que le soupir et le murmure des vagues sur les rives de la Terre du Milieu, et leur son lui allait au plus profond du cœur. A côté de lui étaient Merry et¨Pippin, silencieux. " (p.1098)
