Sire Gauvain et le Chevalier Vert., Paul Verdier. 

 

A propos
du mythe du Passage :
Sire Gauvain et le Chevalier Vert.


Paul Verdier.


Sire Gauvain et le Chevalier vert est un bref roman issu du sud-est de l'Angleterre et daté des environs de 1400. La matière qui est utilisée est typiquement celtique (note ) et dans l'axe de ce qui a été dit ici à propos de la Royauté suprême. Notre propos est simple : il existe deux types de royauté en " Celtie ", l'une " d'été ", l'autre " d'hiver " ; Arthur qui a voulu être " roi d'hiver ", c'est-à-dire de " l'année de printemps " et qui a été élu à un solstice d'hiver, en a été empêché par des éléments - assurément divins -  qu'il n'a pu maîtriser ; le plus important de ceux-ci est certainement son mariage secret - condamnable parce qu'incestueux - avec sa sœur : ainsi, dès sa prise de fonction royale à un solstice d'été, son règne est condamné à l'échec.
Derrière ce schéma d'explication en apparaît un autre : si le règne d'Arthur est condamné, c'est qu'il ne pouvait en être autrement : il est le dernier des " rois d'été " et, désormais, les grands rois seront " d'hiver " et c'est pour la conquête de cette nouvelle forme royale que s'organise la Quête du Graal : tous les Chevaliers de la Table ronde (note ) briguent donc l'élection comme roi de l'année de printemps, celle déjà tenue par le Christ aux débuts de l'ère des Poissons (Cf. l'article Théologie ") ; un seul, parmi tous, sera l'élu : soit Galaad, soit Gauvain (note ). Dans le Chevalier vert, on trouve précisé le contenu d'un rituel propre au changement de Royauté, d'été en hiver, et que Gauvain soit vainqueur de l'épreuve imposée n'est pas sans conséquence pour la lecture de la suite de ses aventures : d'évidence, il devrait bien être l'élu de la nouvelle royauté. Ainsi, toutes les aventures arthuriennes pourraient être lues comme la transcription poétique des grands mythes liés au changement d'année au milieu de l'ère du Bélier ; l'étonnant est qu'ils aient été " revivifiés " par leur transcription écrite vers l'an 1000 de notre ère pour la justification politique de la Royauté anglo-normande après sa conquête de la Grande Bretagne...
Les thèmes utilisés pour ce roman auraient donc pu faire partie, à l'origine, d'un même motif complexe, celui du Passage envisagé à la rubrique " Calendrier celte ". On pourrait d'autre part y voir une forme particulière de l'aventure initiale du conte de Mélusine, avec la chasse au Sanglier à un solstice d'hiver, le meurtre du père et du Roi et la hiérogamie de Raymondin qui sert de " passeport " à Mélusine, femme d'Au-delà voulant passer en En-deçà.
Ici, c'est le personnage d'Au-delà - ou de ses marches à tout le moins -, qui vient provoquer le roi de " l'année d'automne " ; Arthur est contraint d'apporter une réponse au défi lancé, à sa cour, par le Chevalier vert ; si Gauvain se retrouve héros de l'aventure, c'est, au départ, en remplacement d'Arthur ; mais sa légitimité à courir l'aventure ne peut être mise en doute, car il est le neveu d'Arthur, soit, dans le système de filiation celtique, le plus proche successeur du roi...
La situation générale

La cour arthurienne est donc réunie à Camelot (Camalaot) pour la Nativité. On est au solstice d'hiver et à sa célébration religieuse qui dure quinze jours (op. c. p 25, § 3) :
" Car la fête s'y poursuivait pendant quinze jours pleins
Avec tous les repas et la joie que pouvaient inventer les humains ".
On retrouve ici la définition de tous les temps festifs celtiques, au cours desquels se célébreront les fêtes religieuses ; la cour durera du 25-12 au 7-1 : c'est la période précise de la Noël mais aussi celle de la nouvelle année - dont l'initiale est, comme de nos jours, au 1er janvier - ... On y célèbre donc les étrennes - cadeaux agréables ou non - tirés au sort par les participants. Il faut souligner le fait que la grande célébration à la cour d'Arthur mentionnée par ce texte ne paraît pas être la Nativité mais bien le Nouvel an. Le contenu des festivités mémoriales ne peut alors se trouver que dans l'observation du ciel de l'événement premier : il se produisit au cours de l'ère des Gémeaux...

Le ciel du 1er janvier sidéral à la moitié de l'ère des Gémeaux
au lever du soleil d'équinoxe d'automne
visible au solstice d'hiver, le 1-4 à 0h.

et celui du même 1er janvier sidéral de l'ère des Poissons
au lever du soleil du solstice d'hiver vers 1000
visible le 1er mai à 0h.


Observation sidérale du ciel du 1-1

Dans une telle année, le temps peut se mesurer en double comptage et toutes les célébrations, fixées en temps tropique, sont le souvenir de l'événement religieux majeur, mesuré en temps sidéral, suggéré plus haut... Ainsi, la précession des équinoxes a fait que le 1-1 fut quantième de l'équinoxe d'automne au milieu de l'ère des Gémeaux - vers -6200 -, temps du Passage encore en cours.
Une telle situation fut visible le 1-4 (solstice d'hiver d'alors) à 0h. ; au lever du soleil de l'équinoxe d'automne, à 6h., on eut la configuration astrale suivante présentée dans le ciel reconstitué ci-joint :
                                                                                                              l e   p o i n t   ³   e s t   a u   l e v e r ,   d a n s   l a   Q u e u e   d u   S e r p e n t   ( f i n   d u   P a s s a g e )   ;   l e   S c o r p i o n   e s t   e n   l e v e r   h é l i a q u e   à   l  e s t / s u d - e s t ,   l a   B a l a n c e   e s t   a u   S u d - e s t   ;  
 l e   p o i n t   à ( p o s i t i o n   d u   s o l s t i c e   d  é t é )   e s t   a u   s u d ,   d a n s   l a   V i e r g e ,   n o n   l o i n   d e   l a   C h e v e l u r e   d e   B é r é n i c e   ;  
 l e   p o i n t   ³  ( é q u i n o x e   d e   p r i n t e m p s ) ,   e n   c o u c h e r   a c r o n i q u e ,   e s t   à   l  a p l o m b   d e s   G é m e a u x ,   d a n s   l e   P e t i t   C h i e n .
 P a r   a i l l e u r s ,   s o u s   l  h o r i z o n   a u   n o r d - e s t ,   d a n s   l a   V o i e   l a c t é e ,     s e   t r o u v e n t   l e   P e t i t   R e n a r d   e t   l a   F l è c h e   ;  
 A u   t e m p s   d e   l  a v e n t u r e   ( v e r s   l  a n   1 0 0 0   de notre ère), le solstice d'hiver a pris la place de l'équinoxe ; le soleil du solstice se lève à 8h. T.U., le pôle n'est plus à l'aplomb de la même étoile, mais, globalement, les éléments du mythe sont toujours en place :
Ophiucus, au sud-est, passera " mythiquement " de l'autre côté de la Voie lactée, par l'occident, pour prendre le rôle du Chasseur Orion sous l'horizon ; sa première journée de chasse aura pour gibier la Biche celtique (pour nous, la Licorne                                              ) ,   c o n s t e l l a t i o n   à   l  a p l o m b   d u   p o i n t   à ( d u   s o l s t i c e   d  é t é )   a l o r s   a u   c o u c h e r ,   q u i   l u i   f a i t   f r a n c h i r   l a   V o i e   l a c t é e   r e p r é s e n t é e   c o m m e   u n e   f o r ê t   ;  
 s a   d e u x i è m e   j o u r n é e   d e   c h a s s e   s e r a   c o n s a c r é e   a u   S a n g l i e r   ( p o u r   n o u s   E r i d a n ) ,   à   l  a p l o m b   d e   l  e m p l a c e m e n t   d u   p o i n t   ³,   i n v i s i b l e   a u   n o r d   s o u s   l  h o r i z o n   m a i s   q u  i l   r a p p o r t e   ;  
 s a   t r o i s i è m e   j o u r n é e   l u i   f a i t   c h a s s e r   l e   P e t i t   R e n a r d ,   à   l  o r i e n t   d u   c i e l ,   c o n s t e l l a t i o n   d a n s   l a   V o i e   l a c t é e ,   à   l  a p l o m b   d u   p o i n t   à  à   s o n   l e v e r   q u  i l   r a p p o r t e   a u s s i .   A u   l e v e r   d u   s o l e i l   d u   1 e r   j anvier, il est donc de nouveau visible, tandis que sa femme, la Vierge tentatrice est au sud-ouest ;
Si Arthur, roi du solstice d'été, est représenté par la constellation des Gémeaux ou celle du Cancer, le symbolisme du mythe est évident : quand se lève le soleil du solstice d'hiver, le lieu sidéral où est le point du solstice d'été est à son coucher, en train de disparaître du ciel visible et les Biches sont tuées ; de l'au-delà, le soleil levant du solstice d'hiver rapporte " Beltène ", le Sanglier, date sidérale de l'équinoxe de printemps et le Petit Renard, " Imbolc ", date sidérale du solstice début d'année ; le règne du Roi de l'année d'automne ne peut alors qu'être terminé.
Les éléments du récit illustrant l'observation du ciel :
L'aventure proposée dans le roman est simple :
à ce premier de l'an, la cour d'Arthur " joue " à s'attribuer des étrennes ; il y a donc des perdants et des gagnants ;
avant le début du repas de fête, l'aventure proposée au Roi n'est qu'une étrenne de plus : un étranger tout habillé de vert, porteur d'un rameau de houx symbole de paix, défie le Roi en lui offrant un double " cadeau ", sa hache d'une part, et celui, mystérieux - de faire intégralement ce que le personnage lui demandera - étant entendu que le roi devra se soumettre à la réciprocité traditionnelle des étrennes : (op. c. p.37)
" Si tu es le preux que tous les chevaliers disent, tu auras la bonté de m'accorder la partie de jeu que je te réclame de droit " ;
les étrennes, réciproques, seront ainsi en deux parties, séparées de douze mois : avec un seul " tirage au sort ", don à faire et à recevoir ; .
le chevalier vert demande à être décapité et Gauvain, qui a accepté précédemment le défi en lieu et place du roi et qui a pris également la hache donnée, le fait réellement ; il est désormais entendu que Gauvain devra, un an plus tard, lui aussi être décapité dans les mêmes conditions ; c'est l'engagement qu'il a pris par la parole donnée ;
le décapité de ce premier de l'an est, de fait, un céphalophore, identique aux saints chrétiens dont le prototype est saint Denis (natalice au 9 octobre)... Après sa mort, qu'il commente lui-même, le Chevalier vert annonce qu'il attend Gauvain au bout de l'année à une chapelle inconnue. Mais la décapitation n'est pas la mort du supplicié ; elle est seulement l'étape indispensable à la régénération ;  
Gauvain - tout vêtu de rouge et d'or (note ), par les couleurs de son vêtement, complémentaire du Chevalier vert - quitte la cour d'Arthur au temps de Samain et l'auteur du texte note bien la possibilité d'un double comptage calendaire sur le soleil et sur la lune (op. c., p. 51) :
" Et les vents de l'hiver s'en reviennent, ainsi va le monde,
en vérité, jusqu'à la lune de la saint Michel,
lavant coureur de l'hiver ;
subitement Gauvain se souvient
de son difficile voyage.
Il s'attarda pourtant avec Arthur jusqu'à la Toussaint. "
La saint-Michel étant au 29 septembre tropique, moment chrétien de l'équinoxe d'automne sidéral vers 1000 de notre ère, rappelle la date sidérale du même équinoxe dans la religion celtique avec Samain, reprise par la Toussaint par les chrétiens. La lune de saint Michel, néoménie débutant le mois, en conjonction avec l'équinoxe est à l'initiale de la deuxième partie de l'aventure de Gauvain... Il s'agit bien ainsi d'un voyage vers le pays d'Au-delà : (p. 52)
" Il me faut demain sans faute aller m'exposer à l'assaut, partir à la recherche du chevalier en vert, là où Dieu voudra bien me guider ", 
car il part le lendemain de la Samain, donc au jour des morts, pour les chrétiens. Conformément à l'expression mythique, il était parti du royaume de Logres vers le nord-ouest géographique, le nord étant le lieu de la disparition temporaire des dieux et l'ouest la direction du pays des morts,
" il finit par longer de très près la Galle du Nord, il laisse toutes les îles d'Anglesey à sa gauche, il va à travers les gués au pied des promontoires, et travers à Holy Head pour rejoindre ensuite la berge au désert de Wirral (...) Le chevalier prit d'étranges routes à travers de nombreuses berges lugubres ; "
Naturellement, c'est dans une forêt profonde - faite des arbres du pays-frontière entre l'En-deçà et l'Au-delà - qu'il va trouver le château qui l'attend : (strophe 33, p. 63)
" Il remarqua une demeure sur une motte au-dessus d'une clairière, sur un tertre, enserrée sous les branches de moult troncs massifs tout autour des fossés : le plus beau château qu'ait jamais possédé chevalier, perché sur une prairie, avec un parc tout autour et une palissade de pieux très serrés... "
C'est alors que commence l'essentiel du conte, lorsque le " héros " s'installe au château pour les quelques jours de fin d'année, de la Nativité à la veille du 1er de l'an : il y vivra trois scènes de séduction par la jeune femme du maître du château et la première débute presque à son arrivée dans la chapelle. A partir de ce moment, Gauvain et la jeune femme seront toujours ensemble, notamment à table, puisque le mari, maître des lieux, part à la chasse, leur laissant le champ libre. Avant cette chasse rituelle, un pacte (scellé dans les termes habituels, avec prise de boisson rendant sacré l'engagement :
" Qu'on nous apporte le breuvage habituel et l'affaire est faite ;
Concluons un pacte : quoi que je gagne dans le bois, cela vous reviendra, et quel que soit le gain que vous réaliserez, vous me le donnerez en échange ") 
a été conclu entre les deux hommes, fondé sur l'honnêteté de chacun ; le chasseur abandonnera à Gauvain tout ce " qu'il gagnera dans le bois " (str. 45, p. 80-81) tandis que le héros lui abandonnera aussi ce qu'il aura gagné. Voilà donc de nouveau les " étrennes " au centre de l'action, comme au Premier de l'an précédent...
Il vivra la Noël dans ce château chaleureux mais plein de mystère - situé à la frontière des deux mondes - et, dans les trois jours suivant cette fête - jusqu'au 31 décembre -, y vivra le double événement déjà mentionné : d'une part, la triple chasse rituelle du maître des lieux, d'autre part, la triple tentation sexuelle de la femme de celui-ci. Désormais, il a quitté le Royaume En-deçà et est entré en Au-delà où il doit conquérir sa place et valider sa démarche ;
ce séjour, à travers l'échange des étrennes, est l'occasion de la mise à l'épreuve du pacte de fidélité que Gauvain et le maître de maison ont passé ; au bout du compte, Gauvain sortira vainqueur de la double tentation : fidèle à la parole donnée, il refuse également la tentation charnelle...
Quand, au 1er janvier, il arrive sans difficulté à la chapelle verte qui ressemble davantage à une chambre dolménique qu'à une construction chrétienne, il lui faudra trois tentatives de décapitation pour accepter la réciprocité qu'il avait accepté aux étrennes passées... Le Chevalier vert apparaît alors comme Maître du château chaleureux et responsable du monde mystérieux...
L'épreuve de Gauvain va durer trois jours de suite, ceux précédant le 1er janvier : chaque matin, le mari part à la chasse,
le premier jour pour tuer des biches,
le deuxième, pour la chasse - traditionnelle à cette date du solstice d'hiver - au Sanglier monstrueux ;
le troisième, pour la chasse au renard.
Pendant ce temps, la jeune femme vient surprendre Gauvain dans son lit et le tente :
le premier jour, en mendiant un baiser,
le deuxième en lui demandant de lui parler d'amour et en lui donnant un second baiser,
le troisième en lui laissant entendre qu'elle s'abandonnerait volontiers à lui, pour peu qu'il le veuille.
A chaque fois, il refuse honnêtement, sans blesser la belle ; au dernier jour, il repousse le don d'une bague somptueuse mais ne peut s'empêcher d'accepter la ceinture verte (qu'il sait magique et destinée à le protéger de toute blessure) qu'elle lui abandonne par amour. Chaque soir, Gauvain indique honnêtement au mari ce qu'il a reçu de la belle, sauf au dernier soir où il ne fait pas mention de la ceinture qu'il a cachée.
Trame mythique et observation du ciel :

Une telle trame s'appuie, en fait, sur une observation rigoureuse du ciel astronomique ; bien entendu, le mythe s'appuie sur des conventions, nom des constellations visibles, mais encore choix parmi toutes celles qui sont possible, etc. Ophiucus, l'une des plus grandes constellations visibles, est à l'est au lever du soleil de sorte que, pratiquement, tous les personnages du récit - dont il va être question succinctement ci-dessous - sont visibles dans le ciel :
Ophiucus et son " voisin " Hercule sont à l'orient, en ascension dans le ciel ;
Gauvain pourrait être en même temps Hercule et Orion, l'autre grande constellation, à l'opposé du ciel, à ce moment sous l'horizon - Gauvain est couché et dort, quand la femme vient le tenter -  ; 
celle-ci est au sud du ciel, au méridien et au zénith, sous l'apparence de la constellation de la Vierge à la Belle Chevelure qui est ainsi la Tentatrice à laquelle Gauvain résiste.
Arthur, à l'occident, pourrait être représenté par la constellation des Gémeaux ;
les gibiers de la Chasse sont tous, quant à eux, dans l'Au-delà du ciel, invisibles sous l'horizon parce qu'ils sont dans l'autre monde :
le chasseur Orion et ses chiens,
la Biche des Celtes, appelée par les Assyro-babyloniens, la Licorne, gibier de la première des trois chasses du solstice d'hiver ;
Eridan, le Sanglier celtique, gibier de la deuxième chasse du même solstice ;
le Petit Renard, dans la Voie lactée, gibier de la troisième chasse ;
entre les deux parties du ciel, la Voie lactée joue le rôle séparateur indispensable à la frontière entre les deux mondes.
On saura qu'au château du Chevalier vert, vivent Morgane et d'autres membres de la partie féminine de la famille d'Arthur... Au matin du 1er de l'an, Gauvain abandonne ses hôtes pour rejoindre la chapelle verte qui est dans un désert imposant et fort périlleux : (str. 84, p.132)
" L'endroit sur lequel vous foncez a la réputation d'être fort périlleux ; il vit dans ce désert un être qui est le pire au monde car il est sans peur ; il a l'aspect rébarbatif, il aime frapper et est plus grand que tous les autres hommes du monde. Il est plus fort de corps que les quatre meilleurs chevaliers qui sont à la cour d'Arthur, ou Hector ou un autre. Il est responsable de ceci à la chapelle verte : nul ne peut passer par cet endroit, même les plus fiers en armes, qu'il ne le frappe à mort d'un coup de sa main ; c'est, en effet, un homme sans mesure, qui ne connaît pas de pitié et qui frappe le manant comme le chapelain... "
Quant à la chapelle, elle n'est rien d'autre qu'un dolmen sous son tertre de verdure (str. 87, pp. 135-136)
" Il tourna plusieurs fois la tête pour chercher la chapelle : il ne vit rien de tel où que ce fût, ce qui lui parut étrange, à part une sorte de tertre un peu plus loin dans la clairière : une butte rebondie près d'une pente au bord de l'eau, près du lit d'un cours d'eau qui coulait là ; le ruisseau y bouillonnait comme s'il avait été bouillant (...) Puis il se rend vers la colline, en fait le tour, examinant en lui-même ce que cela pouvait être. Il y avait une ouverture à une extrémité et de chaque côté et elle était toute couverte d'herbes avec des touffes partout ; elle était toute creuse à l'intérieur, rien qu'une vieille caverne, ou une crevasse dans un vieux roc, il ne pouvait décider laquelle des deux : Ah ! Seigneur, dit le noble chevalier, serait-ce la chapelle verte ? Ici, sur le coup de minuit le diable pourrait dire les matines ! "
Gauvain est donc dans le territoire frontière entre les deux mondes et le chevalier vert n'est rien d'autre que le gardien de ces marches...
La conclusion de l'aventure

Les étrennes de ce Premier de l'an sont identiques à celles du précédent ; simplement le " martyrisé " a changé, conformément à l'engagement pris. Au lieu d'un coup de hache, Gauvain en essuie trois, mais à chacun, le chevalier vert trouve une excuse pour ne point le frapper et, au dernier, atténuer le coup par lequel il ne lui inflige qu'une blessure ; il lui explique pourquoi il a ainsi agi, explications qui ne sont rien d'autres que l'ultime tentation à ne pas tenir la parole donnée :
" Je t'ai promis un coup et tu l'as eu, considère que tu es bien payé ; je te libère de toutes tes autres obligations. (...) Je t'ai d'abord menacé en faisant semblant sans t'ouvrir d'une blessure : c'est en bonne justice que je t'ai fait l'offre, à cause du contrat que nous avons conclu la première nuit, et toi, avec loyauté, tu as respecté fidèlement ta promesse envers moi et en brave homme, tu m'as donné tout ton gain. L'autre feinte, Sire, je te l'ai offerte pour le lendemain, tu as embrassé ma douce épouse et tu m'as rendu les baisers. Pour ces deux jours, je viens de ne t'offrir que deux pauvres feintes sans te faire aucun mal. A la troisième fois, tu as failli ; en échange, prends cette tape. (...) Je connais maintenant tes baisers et aussi ton comportement et les amours de ma femme : c'est moi qui ai imaginé tout cela. Je l'ai envoyée pour te mettre à l'épreuve et tu m'apparais vraiment comme le chevalier le plus irréprochable qui ait foulé le sol. "
Somme toute, Gauvain est reconnu apte à franchir la frontière. Ce faisant, il agit à l'inverse de Raymondin rencontrant Mélusine, elle aussi au bord de l'eau courante, un soir de solstice d'hiver. Gauvain restera intact, en quelque sorte régénéré par le pacte respecté.
L'important de ce texte est alors ce qui suit : la date mémoriale de l'aventure ne peut être que celle de la grande aventure du Passage de l'ère des Gémeaux ; celui-ci fut double, de l'équinoxe d'automne d'abord, de celui de printemps ensuite ; le premier passé fut le premier " élu " comme référence de l'année calendaire (note ).
Quand on se place au temps de notre aventure romanesque où la date festive principale est le 1er janvier, quantième tropique du Premier de l'an de " l'année de printemps ", la précession a fait glisser le solstice d'hiver du moment à la place de l'équinoxe d'automne ancien : l'écrit venu d'Angleterre et inspiré par la royauté Plantagenêt est postérieur à la conquête de l'île par Guillaume le Conquérant en 1066 mais, à l'époque de la conquête, le solstice d'hiver sidéral - donc observé - était précisément à cette date sidérale du 1er janvier... 
Autres références mythiques...

Les éléments contenus dans le conte, repris de l'antiquité celtique, réactualisent ainsi le mythe du Passage de l'équinoxe de printemps.
On peut alors en rapprocher les éléments de ceux du mythe grec d'Orion : lorsque ce jeune Géant arrive en En-deçà après une Chasse, il est accueilli par un propriétaire de château qui a une jolie fille ; Orion séduit la belle, la déshonore après le festin durant lequel il a été enivré par le père de la jeune fille : on a ouvert, pour lui, des outres de vin fabriqué pour la première fois par Dionysos lui-même : ce nouveau breuvage divin est juste arrivé à maturité et, au deuxième des Anthestéries - le 2 février, par conséquent, après la cérémonie de l'ouverture des jarres - les hommes peuvent le consommer.
Officiellement reconnu coupable par le père qui s'estime outragé, il subira un châtiment assez proche de celui qui a été promis à Gauvain : il aura les yeux crevés et ne pourra recouvrer la vue que lorsqu'il " aura vu " le soleil se lever au lieu oriental où se produit cet événement. Or, le quantième sidéral du 2 février des Anthestéries est aussi celui de la célébration celtique du solstice d'hiver vers les années -1300, liturgiquement dénommé Imbolc.
Ce serait là l'explication de la différence nécessaire entre les deux équinoxes, l'un de référence parce qu'il gouverne l'année calendaire, réussit son Passage en l'achevant par la hiérogamie indispensable à son installation ici-bas ; à l'autre, l'entrée est refusée par impossibilité de réaliser la hiérogamie ; Orion, équinoxe de printemps du mythe grec, ne sait pas résister à la tentation de la hiérogamie qui lui est interdite et se verra éconduit de la royauté... De la même manière, Gauvain représentant attitré d'Arthur - faux " roi d'hiver " mais vrai " Roi d'été " - se voit interdire pour l'instant la hiérogamie qui lui donnerait accès à la royauté d'hiver par respect à la parole donnée ; car, c'est en tant que représentant officiel de la nouvelle année de printemps qu'il doit briguer la royauté.
La valeur essentielle de la royauté d'hiver est la fidélité à la parole, tandis que la caractéristique de la royauté d'été est la félonie et la ruse - celle qui a présidé à l'usurpation du trône par Utherpandragon - .
Il faut alors faire référence à un autre mythe du même type : c'est parce qu'Adam n'a pas su résister à la tentation d'ève et de son Serpent, que le couple sera, lui aussi, chassé du Paradis terrestre et du Jardin d'éden. A ce couple originel, la loi de Yahvé s'appliquait comme aux autres créatures : ils devaient " croître et multiplier " mais sans transgression de la sexualité dans la recherche du plaisir excluant la procréation...



Notes :

 




Notes :

: Le texte est publié dans 10/18 (bibliothèque médiévale), 1993, traduit et présenté par J. Dor. On verra en p.18 une brève série de références sur les autres occurrences du thème central de la décapitation et sur celles des " tentations " d'un chevalier par une femme.
 : Cf. la définition astronomique de cette institution que l'on peut lire dans le Tristan de Béroul :
" Je verroiz la Table Ronde
qui tournoie comme le Monde. "
faisant de la Table un ensemble de constellations qui pourrait être identique à un zodiaque...
 : Celui de Perceval ou le Roman du Graal de Chrestien de Troyes, Paris, 1974, Gallimard éd. Folio...
 : Pour le symbolisme de ces couleurs, on pourra se reporter, entre autres, à l'article de P. Verdier, le blanc et le jaune dans la civilisation celtique, in Eurasie n°9, Fonctions de la couleur en Eurasie, Paris, l'Harmattan 2000.
 : celle-ci, " l'année d'automne " s'est définie par l'équinoxe de référence et par son Premier de l'an, au solstice d'été.


 

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