c.e.n.a. Colloque de Bagnoles de l’Orne.
21 12 1996.
Des passages de l'eau dans les Enfances de Lancelot du Lac
aux rituels aquatiques des Marches de l'Ouest.
"Les mythes, parce qu'ils sont ambigus, durent beaucoup plus longtemps que les faits. Seuls les romans ont droit à la vie éternelle: faits de mots, ils sont capables d'échapper à l'érosion de la mémoire". J. Attali. La vie éternelle.
A Michel Pastoureau.
La Terre déserte attribuée par le roman à Claudas, roi de Bourges, est limitrophe du Banoïc et des royaumes de Gaunes et de Gorre.
L'eau, ravisseuse, féconde, n'est-elle pas le lien naturel entre ces antiques pays, tant elle divise, sépare et unit?
Réalité de la Marche.
Des collines du Perche aux Landes de Lanvaux, à toucher Vannes, c'est bien la même réalité que le terrain nous renvoie, celle d'un pays de transition matérialisée sur le plan géographique par ce que l'activité humaine nous a légué de l'antique forêt de Brocéliande s'étirant sur prés de 300 kilométres d'Est en Ouest et 120 kilométres du Nord au Sud.
Historiquement, la notion de bannat (juridiction de frontière à l'époque franque), vient la renforcer en établissant des Bansardiéres sur le pourtour de l'ancien pays des Cénomans, aux frontières des pagi gallo-romains.
De nos jours les toponymes de Moulins la Marche (Orne), de Brains sur les Marches (Mayenne), du Passais (de passus le passage), en attestent encore la réalité.
Réalité entretenue par les souverains régnants qui, de 911 à 1204, n'eurent de cesse de se rendre mutuellement hommage en marches([1]). Ainsi, si Guillaume le Conquérant devient Comte du Maine en 1062, aprés avoir vaincu les Manceaux, il prend la précaution de faire prêter hommage par son fils au Comte d'Anjou et cet hommage a lieu à Alençon, à la frontière du Maine et de la Normandie.
Autre exemple, Alain III, duc de Bretagne, prêtera hommage à Robert de Normandie en 1030, au Mont Saint Michel, également en Marches. Réalité mythique et littéraire encore que cette marche.
Mythologique parce que des forêts du Perche à celles de Lande Pourrie ou de Paimpont([2]), nous retrouvons les mêmes récits légendaires véhiculés par la tradition orale:sur une ligne qui suit ces mêmes solitudes boisées, plusieurs châteaux "Gannes", sont attachés à de sombres légendes de trahison, comme le Ganelon de la Chanson de Roland, lui-même comte des Marches de Bretagne, présence de fées souvent liées à des implantations mégalithiques, chasses fantastiques etc...([3]).
Réalité littéraire puisque, nous l'avons établi, Aliénor d'Aquitaine, la petite fille de Guillaume IX d'Aquitaine, le prince des troubadours, et son époux Henri II, firent aux Marches du Maine de fréquents séjours.
A leur cour, lettrés, troubadours et théologiens développaient une littérature s'inspirant certes des traditions latines et celtes mais aussi des situations de l'époque et des folklores et hagiographies locales.
On trouve encore sur cette marche, au carrefour de plusieurs provinces, les abbayes de Saint Evroult Notre Dame du Bois, de Lonlay l'Abbaye, l'Abbaye Blanche de Mortain, celle de Savigny le Vieux, dont les filiales, dans l'Ouest et en Grande Bretagne, ont joué un rôle considérable dans la diffusion des corpus et des idées. On peut encore citer l'Abbaye du Mont Saint Michel, aux rives de la mer de Cornouailles, et sa réplique en Cornouailles britannique. La mer, aprés la conquète formant plus vraisemblablement lien que frontière.*
Réalité théologique du fait de l'influence des théologiens trinitaires et des cisterciens dans la rédaction et la diffusion des écrits arthuriens tel cet Achard de Saint Victor, originaire de la plus vieille famille du Passais, évêque de Sées puis d'Avranches au XIIéme siécle et familier d'Aliénor d'Aquitaine. Il est rédacteur d'un traité consacré à la Sainte Trinité.
Les passages de l'eau dans les "Enfances"([4]).
De la naissance de Lancelot du Lac, fils du roi Ban de Banoïc et de la reine Héléne, jusqu'à la découverte de son nom par le héros, le théme de l'eau est récurrent dans les Enfances, il permet de mettre en perspective nombre de correspondances littéraires et hagiographiques avec la géographie et la mythologie locales.
Premier âge mouvementé que celui du jeune Lancelot, qui entre dans le vie au sein d'une histoire pleine de bruits et de fureurs, et qui le voit fuire, au coeur de son âge, le pays natal, celui qui porte le nom de son pére.
8 scénarii successifs vont décrire au lecteur les rapports entre les principaux protagonistes de l'histoire. Il est frappant de constater qu'à chaque fois, un passage de el'eau viendra souligner et rendre patente (limpide) la structure du récit, ce que nous analyserons par la suite.
1) le Banoïc: Le lieu de la naissance se trouve décrit et identifié, il s'agit de "la marche de la Gaule et de la Petite Bretaigne". La forteresse principale en est Trébe d'accés difficile([5]) "une petite riviére courait au pied du château,(...) sur la rivière, on ne pouvait mettre le siège, car il y avait un marais large et profond et, pour tout chemin, une chaussée étroite qui s'étendait sur plus de deux bonnes lieues".
Autre précision, le "roi Ban avait un sien voisin qui marchissait à lui par devers Berri, qui était alors appelée Terre déserte" et "la prairie de Banoïc (s'étend) entre la Loire et l'Arsie", c'est là que Banin coupera la tête du sénéchal traitre d'avoir livré à Claudas le secret de la chaussée des marais, ce qui déterminera l'assaut de Claudas, la fuite de Ban et d'Héléne et le rapt de Lancelot par la fée Viviane.
Dans plusieurs écrits, nous avons déjà mis en perspective([6]) les textes de la Légende Arthurienne et les principaux sites du Passais.
A Banvou, se conjuguent les similitudes de situation et de récits mythologiques entre les personnages de Léonce de Payerne (Pagus Erneiae) et de l'ermite du Pays d'Ernée, Ernier, entre le royaume de Ban et la paroisse de Banvou, autrefois la plus au Nord de l'ancien Cénomanicum, proche d'une enclave de l'évêque de Bourges portant le nom de désert, et les récits qu'on y fait de fontaine déclenchant des orages, d'aubépine qui fleurit en hiver et les processions rogatoires célébrées à la mi-aôut chaque année en l'honneur de saint Ernier, le faiseur de pluie, et se terminant par l'immersion d'un reliquaire au creux d'une fontaine sacrée. Elle avait lieu au creux d'un marais impénétrable et l'on y montre encore les restes d'une forteresses mérovingienne.
Transféré à Senlis, en la collégiale saint Frambourg, avec ceux de quelques autres ermites du Passais, le corps de saint Ernier, dont les reliques sont également honorées à Beaune, fera l'objet d'une dévotion particulière de la reine Adélaïde, femme d'Hugues Capet et de Gerbert d’Aurillac, le pape de l’An 1000.
2) La fuite de Ban: La scéne se passe, de nuit, un Vendredi soir à la mi-août.
Le roi s'en va par un pont de branchages posé sur la petite riviére qui courait au pied du château.
Il a tant chevauché qu'il est sorti des marais et pénétre dans un forêt où il chevauche une demi-lieue avant d'entrer dans une Bellle Lande où il était allé maintes fois.
Au pied d'un trés haut tertre d'où l'on pouvait observer tout le pays, et d'où le roi voit son château brûler, ce qui lui cause une douleur mortelle, un lac, le lac de Diane (chapitre 1).
On observera que le pays de Banvou se trouve surplombé par une montagne arse, le Mont Brûlé.
La forêt qui entoure le lac, appelée Boisenval, surpassait en beauté toutes celles de la Gaule et de la Petite Bretagne. Elle avait 10 lieues anglaises de long et 6 ou plus de large (chapitre 2).
C'est là que Viviane se tient, qui confisque l'enfant Lancelot à l'affection des siens et se jette à pieds joints dans le lac, au moment même où meurt le roi Ban (chapitre 3).
Heléne, la reine aux grandes douleurs prendra le voile dans une Blanche Abbaye de nonains.
On peut rapprocher ce fait romanesque d'une légende locale du Mortainais dite du Tombeau des Amants qui voit deux amants ensevelis par un orage et la mére de la jeune fille prendre le voile à l'Abbaye Blanche aprés la mort de son mari. L'Abbaye Blanche de Mortain, fut une abbaye de moniales comme celle où se réfugient Héléne et Evaine, se trouve à l'orée de la forêt de Lande Pourrie, qu'emprunte un chemin montois, dit chemin aux français, qui emmenait les pélerins jusqu'à Savigny, par la Terre Gâte. De Mortain à Avranches, les traditions populaires font état du refuge d'Arthur et Guenièvre à la Fosse Arthour, au creux de la Sonce.
Là, les visiteurs peuvent entendre la légende des amants enlevés par l'eau d'un torrent pour, s'étant rejoint avant le coucher du soleil, avoir enfreint l'injonction du génie des eaux.
L'enlévement de Lancelot aux palais subaquatiques de la Dame du Lac peut être référé à une situation mythologique, celle de Thésée, défié par Minos, qui plonge sous les eaux pour prouver son rang princier et en recevoir l'investiture de la reine des Néréides, Amphitrite.
Comme Viviane, les Néréides étaient nourriciéres et éducatrices, dans leurs palais au fond des mers, du jeune mâle princier, le Couros qui n'était pas élevé par sa mére, mais par les filles de eaux hantant les grottes et les rivages. L'investiture des princes venait de la mer.
Concernant Lancelot, cette similitude est encore renforcée par l'hagiographie locale. Saint Fraimbault de Lassay([7]), ermite venu au VIéme siécle évangéliser les solitudes boisées du Passais, est un jeune noble auvergnat élevé à la cour de Childebert. Refusant une existence de aptricien contre l'avis de ses aprents, il se retire à Ivry sur Seine où une grotte et une cascade s'enflant soudaineemnt le dérobe à le recherche de ses parents.
De nombreux autres épisodes paralléles à l'histoire littéraire de Lancelot plaident en faveur d'une contamination du roman par ce personnage hagiographique. Son corps est aussi déposé à Saint Frambourg de Senlis, première capitale des rois de France et c'est devant son tombeau qu'Hugues Capet sera élu par ses pairs. Détail curieux, les clés de voûte de la collégiale sont ornées de fleurs de lys surmontées de crapauds ou "raines", premier embléme de la royauté franque([8]). Ils symbolisent le caractére ondin du saint patron du lieu.
Au Marches de Normandie, deux paroisses portent ce nom: Rennes en Grenouille, ce qui est parfaitement redondant, prés de Lassay, et Rânes, aux portes de la forêt d'Andaines, connue pour sa légende de ela fée à la Fontaine et qui met en scéne une fée serpente de la tradition mélusinienne([9]).
A Saint Fraimbault de Lassay, autre lieu de processions circulaires le Lundi de Pentecôte, on montre à l'angle NW de l'église du lieu, une pierre tombale enchassée dans le mur de ll'édifice. de l'époque mérovingienne, ellee st marquée du double signe du calice ou Graal et du tréfle (symbole alchimique des ondins). Lancelot en héritera sa place dans les jeux de cartes: le valet de Tréfle.
De plus comme le fait remarquer Réjane Molina, tous les lieux de culte de saint Fraimbault dans le Maine présentent un rapport onomastique avec l'eau: Saint Georges de la Couée, (de lacq), Lavaré (de lavare = laver), Roézé (de ros rosée). le site de Saint Fraimbault de Priéres, lui est sis dans une boucle de la Mayenne, une grotte abrite, au ras du flot, la statue de l'ermite.
3) le Lac de Diane ou de Viviane: Ce lac est décrit dans le roman (chapitre 6), il est au pied d'une colline et n'est "que d'enchantement". A l'endroit où il semblait qu'il y eut un grand lac profond, la dame avait des maisons fort belles et fort riches et au dessous d'elles coulait une rivière, petite, trés plantureuse en poissons.
Quand Léonce de Payerne et Lambégue iront voir leurs neveux également chez la Dame du Lac, ils arriveront à une rivière "dont les eaux couraient un peu au dessus de la forêt". Entre rivière et forêt (la Briosque) "s'étend une belle et grande prairie". En remontant le cours de la rivière, on aperçoit, à droite, les châteaux de Tarasche et de Brions, voisins.
Arivés au lac, à la nuit, ils entrent dans le lac et Lambégue s'étonne du fait que la demoiselle "osait entrer, à cette heure, dans une si grande étendue d'eau".
Parvenu au terme, à l'entrée d'une haute maison, "il regarde autour de lui, il ne voit plus trace du lac qui lui avait paru tout à l'heure si grand, et son étonnement est extréme".
4) La Prison de Merlin: Un texte des Enfances décrit la prison de Merlin (chapitre 6).
Viviane vit également "en la marche de la Petite Bretaigne". C'est là que Merlin en devint amoureux et vint souvent prés d'elle, de jour comme de nuit. Il lui enseigna les conjurations dont il sera lui-même victime.
"A la fin, elle sut par lui tant de merveilles qu'elle put s'en jouer (que ele l'engigna) et l'enferma tout endormi dans une caverne au fond de la forêt périlleuse de Darnantes, qui touche à la mer de Cornouailles et à la forêt de Sorelois.
C'est là qu'il demeura dans l'état où elle l'a mis..."
Et le conte de préciser, pour qu'il n'y aie aucun doute à ce sujet: "c'était la demoiselle du lac, cellle qui emporta Lancelot dans le Lac".
Là encore les motifs liant le passage de l'eau à la mythologie ne manquent pas.
D'abord, Le lieu de la Fosse Arthour sise en SainT Georges de Rouelley
Pour René Bansard, la fée Viviane tenait ses amants prisonniers à La Fosse Arthour abusivemnt, selon lui, héritiére d'une légende normalement attribuée à Merlin, d'abord à cause de la configuration des lieux, ensuite à cause du patronyme du saint du lieu, Saint Georges, grand pourfendeur de dragons, comme Merlin et Arthur.
Cependant, Arthur, la Grande Ourse, nous paraît également tout à fait à sa place à la Fosse Arthour dans un lieu marqué par une injonction en rapport avec le Culte des astres comme l'a montré notre ami Michel Vital le Bossé([10]).
A Saint Georges de Rouelley, prés de Rouelley, soit "la rouelle qui tournoie comme le monde" à l'image de la Table Ronde, l'on peut penser que le monstre tapi dans la pénombre des grottes et qui est figuré sur un panneau de bois polychrome du bourg voisin, symbolise "le monde intérieur des forces libidinales soumises à l'acte héroïque du héros diurne" (M V Le Bossé) mais aussi, dans le contexte susmentionné, la lutte des cultes, le celtique étant dans l'hagiographie souvent représenté par le dragon qu'un saint vient réduire à l'impuissance.
Ce lieu semble avoir entretenu des liens privilégiés avec la Baie du Mont Saint Michel comme lieu de retraite possible de Merlin et de Viviane, soit le lac de la dame du lac.
En effet, une tradition recueillie au début du siécle ([11]) concerne la prétresse Vélleda dont la chaire (dolmen) est voisin de la Fosse Arthour et surplombe une falaise, La Grande Noë, qui abrite une grotte où Velleda serait venue se réfugier aprés avoir été chassée par le christianisme du Mont Saint Michel.
"Elle regrettait, dit la légende, le Mont Belen, (le Mont Saint Michel), où elle avait passé des jours maginfiques et se syeux remplis de larmes se fatiguaient à chercher à l'horizon lointain ce mont témoin de ses premiers sacrifices aux dieux et de ses premières amours."
Menacée par les romains soudain apparus, un jour qu'elle s'apprétait à célébrer un culte druidique, grâce à son art magique, "elle s'évanoyuit comme un souffle d'air" tandis qu'éclata sur la montagne un orage qui dispersa la légion.
Au bout du chemin montois, à moins de dix lieues, un autre tueur de dragons, Saint Michel livre, entre ciel et mer, un combat sans précédent.
En face, la tombe d'Héléne([12]), ou Tombelaine([13]), fut également d'un combat entre le Roi Arthur et un géant qui dévastait le pays alentour, avait tué la jeune Héléne, et qu'Arthur occit en lui coupant la tête.
C'est le mythe bien connu du dragon dévoreur de vierges livrées comme épouses et vaincu par le héros, légende qui conserve la coutume dit Frazer, de livrer une épouse au dieu de la mer. C'est encore une actualisation du mythe de Cunaill, héros celte coupable de l'enlévement de Mairné, la fille de Dagda, le dieu druide qui maîtrise un dragon([14]). Il est aussi celui qui conduit les morts dans l'Autre Monde. Divinité effrayante.
Rappelons enfin que dans les "Grandes Chronicques"[15], le Mont Saint Michel et Tombelaine ont été créés par Grandgousier et Galemelle, les parents de Gargantua. En effet, arrivé au bord de la Mer, Grandgousier met son rocher sur la rive, c'est le Mont Saint Michel, et Galemelle pose le sien un peu plus loin, c'est Tombelaine. Lorsqu'on sait que Grandgousier a été créé par Merlin de la poudre des os d'une baleine mâle et du sang de Lancelot et que Galemelle a été créée de même de la poudre des os d'une baleine femelle et des ongles de Guenièvre, nous pouvons apercevoir comment, en tant que chronotope, le Mont fonctionne à l'articulation des deux légendes, des corpus populaires et savants[16]. La complicité de Merlin et de Gargantua apparaît également dans les Grandes Chronicques quand on voit Gargantua accomplir de hauts faits d'armes pour le roi Arthur et y vivre "deux cents ans, trois mois et trois jours" avant d'être emporté en féerie par Gwin la fée comme Merlin et Arthur eux-mêmes.
En résumé, ces sites, de Saint Georges de Rouelley au Mont Saint Michel, nous paraissent nentretenir des rapports médiés apr les passages de l'eau des Enfances de Lancelot du Lac et ce pour plusieurs raisons:
- d'abord, à cause de leur position de marches sur un chemin montois, le chemin "aux français"([17]),
En suivant la ligne des châteaux Gannes, on passe de l'un à l'autre, sorte de chemin sacré qui conduit les pélerins vers ce lieu symbolique entre tous qui achévera leur Quète, faisant étape d'abbaye en abbaye, ils entendent ce que l'on raconte inlassablement aux étapes: les légendes locales, les exploits des Chevaliers de la Table Ronde, vies de saints. Jean-Charles Payen insistait à juste titre sur le rôle des pélerinages comme lieux de transmission de la culture locale.
Ensuite, parce que les lieux de retraite assignés à Viviane et Merlin semblent liés à la fois à la Légende et à la géographie locales:
- la fontaine de Barenton, n'existe pas seulement à Paimpont, elle se trouve aussi entre Domfront et Mortain, et l'on montre prés du bourg de Barenton, en forêt de Lande Pourrie, une fontaine bouillonnante,
- la forêt périlleuse de Darnantes semble pouvoir être rapprochée de celle d'Avranches, d'abord à cause de la corruption du mot (Flûtre donne Arnantes, Arventes, Arvences, Arvenches), et note que la fôrêt d'Arvenches, dans Perceforest, est dite de l'Enchanteur.
- proche de la Mer de Cornouailles, le Mont Saint Michel fait face à la Cornouailles Britannique qui s'enrichit, au XIéme siécle, d'un Mont Saint Michel fondé par Robert de Mortain demi-frére du Conquérant.
La légende dit qu'il était, aux origines entouré d'une forêt, Scissy, qui nous paraît pouvoir être rapprochée de celle de Sorelois, qui, dans le roman, marchissait à la Mer de Cornouailles et au royaume de Sorelois.
Des travaux géologiques([18]) font en effet mention d'une transgression marine à la période préhistorique. Reportée mythiquement en 709, elle défraiera les chroniques. La Baie a d'ailleurs toujours été soumise aux caprices des marées puisque trois paroisses, qui existaient en 1360, sont aujourd'hui sous les flots. Ainsi la Légende affirme que dans la Baie du Mont Saint Michel se jetait autrefois le grand fleuve Titus aux pouvoirs surnaturels dont les rivières actuelles seraient les derniers vestiges. Une cité aurait été engloutie là, face à Granville, suite à la rivalité d'un roi et de son gendre, légende proche de celle d'Ys. On voit ici poindre une parenté avec les épisodes des enfances qui nous montrent les chevaliers osciller entre leurs visites aux deux reines à l'Abbaye Blanche (Mortain) et un lac plein d'enchantements, au pied d'une colline, et qui semble, à certaines heures disparaître mystérieusement, ce qui ne surprendra aucun des visiteurs de la Baie, habitués à se faufiler sur les gréves entre deux marées dont l'amplitude peut atteindre Kilométres.
Alors, la description de cette retraite de Viviane où "elle scela Merlin tot endormi en une cave dedanz la périlleuse forêt de Darnantes", pourrait fort bien avoir été inspirée par les visiteurs du Mont, lesquels, impressionnés par les récits locaux, auraient recueilli là légendes et histoires locales telle celle de la fée des gréves romancée au XIXéme siécle par Jules Sandeau.
Tarasche et Brions les deux châteaux qui gardent l'accés au lac de Viviuane peuvent être identifiés dans cette région proche du Mont:
- Brions existe à Genêts, face à Tombelaine, c'est aujourd'hui un manoir du XVIéme siécle bâti sur l'emplacement d'une abbaye du XIIéme siécle, face à Tombelaine,
- Tarasche ou Therosche , château de marches corrompu en Charosche peut être lié au mythe de la Tarasque, le dragon bien connu à Poitiers, un château de marches, Charuel, en Sacey, à l'angle le plus pointu de Normandie et de Bretagne, sur le Couesnon, serait à revisiter dans ce sens. Il faisait partie d'une ligne de défense créée par Robert 1er de Normandie pour faire obstacle à Alaind ea Bretagne. C'est Auvray le Géant, (dont on trouve expréssément trace dans le Lanzelet d'Ulrich von Zatzikowen et dans le Perslevaus sous le nom d'Anuret), qui gardait cette ligne et tailla les bretons en piéces sous les murs de Pontorson. Cette situation de guerre a fort bien pû être reprise dans les récits arthuriens à propos de la défense de Gaunes.
Une légende locale raconte que le seigneur du lieu, Gilber Malemains, qui participait à une croisade en Terre Sainte, soupirait à revenir à Sacey. Un inconnu lui promet de l'aider à repasser chez lui s'il lui faisait don de la première chose qu'il y apercevrait.
Se trouvant 24 heures aprés devant son moulin, il aperçoit sa fille à la porte de Charuel. Une voix lui dit alors "tourne le pommeau de ton épée et ta fille sera sauvée".
L'ayant fait, l'inconnu s'enfuit dans un bruit épouvantable et Gilbert fonda sur place un prieuré.
Un autre récit raconte à Charuel une histoire de trahison trés proche des récits des châteaux Gannes: la jeune fille de la maison alors que le château est menacé par les troupes du soudard breton Roirick, accepte de se livrer à lui s'il épargne son fiancé. Roirick accepte le pacte mais aprés avoir violé la jeune fille, décapite le fiancé . Prenant la tête du jeune homme, Berthe, se jette à l'eau avec lui. Le passage de l'eau prend ici un tour dramatique.
- Quant à la forêt de la Briosque, elle peut être assimilée à la Broise, (Brosius Rivus), proche de là, à Marcey, affluent de la Sée qui se jette dans la baie du Mont.
La Baie du Mont Saint Michel, enfin, a conservé une solide réputation de passage vers le monde des invisibles. D'aprés les traditions locales, on célébre en effet toujours Samain, la fête des Immortels chez les Celtes, dans cette région. Le Mont est eneffet considéré comme l'île des morts. Les Trépassés s'y donnaient rendez-vous le 1er novembre dans ses brumes. En témoigne la coutume observée à Pleine Fougéres([19]), à 14 kilométres du Mont, lors des obséques, de porter le cercueil du défunt sur une éminence surplombant la baie et de le tourner quelques instants vers le Mont.
- les rapports entre les abbayes normandes et leurs prieurés et fondations Outre-Manche forment une courroie de diffusion des légendes locales comme des thémes de la Matière de Bretagne qui permet de comprendre sa contamination par les espaces réels et l'imaginaire des lieux où ces abbayes et prieurés sont implantés.
5) Montlair, forteresse de Gannes. Aprés
